ADJAYA

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14 février 2006

Photo de Charles baudelaire par Felix Nadar

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http://www.musee-orsay.fr/ORSAY/orsayNews/HTML.NSF/By+Filename/mosimple+collect+nadar+index?OpenDocument

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13 février 2006

Le monde est miroir

Le monde est miroir

Sache que le monde tout entier est un miroir,
dans chaque atome se trouvent cent soleils flamboyants.

Si tu fends le cœur d’une seule goutte d’eau,
il en émerge cent purs océans.

Si tu examines chaque grain de poussière,
mille Adam peuvent y être découverts…

Un univers est caché dans une graine de millet ;
tout est rassemblé dans le point du présent…

De chaque point de ce cercle,
sont tirées des milliers de formes.

Chaque point, dans sa rotation en cercle,
est tantôt un cercle, tantôt une circonférence qui tourne.

Mahmûd Shabestari
(philosophe-poète Persan – XIième siècle)

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12 février 2006

Je voudrais être une île

De la vie
Mer tu es le berceau
Et garde son mystère
Chacune de tes vagues
Est un désir qui naît

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Eau trouble

Quand s’étiole ma pensée et que question de mots trouble mon esprit.
Tant d’idées me submergent et je ne trouve mots pour les dire.
Ils se plaisent, alors que je cherche vainement à les agencer,
à se perdre en confusion et à s’enchevêtrer.

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27 janvier 2006

Le royaume devenu fou

Il était une fois, il y a très longtemps, un roi qui gouvernait sagement son royaume. Ce royaume était assez petit, se composant d’un château où vivait le roi et sa cour, et autour du château quelques centaines de maisons habitées par des fermiers qui faisaient pousser le plus beau blé et des légumes en abondance ; des bergers menant leurs troupeaux dans les pâtures alentour ; des tisserands produisant de somptueuses étoffes ; des musiciens tirant l’un de sa flûte, l’autre d’une harpe, un autre encore de son tambour les plus suaves mélodies et de subtiles impulsions rythmiques. N’oublions pas les peintres, les sculpteurs, les maçons, les cuisiniers bien sur, bref, tout ce que l’on peut imaginer d’utile, de beau et d’agréable, rien ne manquait et chacun servait son métier avec art et passion. Ce royaume était pourtant perdu au milieu d’une immense campagne et de se fait, peu de voyageurs s’aventuraient jusque là. Or un jour, nul ne sait dire pourquoi, un homme arriva à l’entrée du royaume. Passé la surprise de ce qui est un évènement, chacun, avec l’aval du roi, se met en demeure de préparer une fête grandiose pour célébrer cette arrivée. Je dois ici vous préciser une singularité de ce pays : bien que rien ne manqua, seule deux fontaines alimentaient en eau potable. L’une au château ou, de coutume, seul le roi et son plus proche conseiller pouvait boire; et l’autre dans le village ou le reste de la population allaient puiser. Cette rareté n’était pas un problème car la fontaine du village était spacieuse et généreuse, et chacun bien organisé pour s’approvisionner sans créer de gêne à autrui. La fête fut digne de ce que chacun pouvait espérer et quand à l’aube les derniers rescapés allèrent se coucher, ne manquant pas au passage d’honorer une dernière fois le nouveau venu, celui ci au lieu de faire de même, fint de vouloir se désaltérer, et profitant que tout le monde dormait, sorti une fiole de son sac et en déversa le contenu dans l’eau du bassin. Puis il alla se coucher. Le lendemain chacun ne tardat pas à aller boire et à midi une frénésie incompréhensible et un grand désordre régnait dans tout le royaume. Le voyageur y avait déversé vous l’avez compris une substance qui avait rendu tout le monde fou. Tout le monde excepté le roi qui avait bu dans la fontaine qui lui était réservée. Excepté également son plus proche conseiller qui par sa position et sa grande sagesse reconnue de tous pouvait boire à la fontaine du roi. Le roi ne comprenant rien et ne semblant même plus reconnu par son peuple demanda alors conseil au sage. Celui ci ne tarda pas à emmètre l’idée que l’étranger devait y être pour quelque chose, dit au roi qu’il allait mener son enquête, et qu’il ne doutait pas de trouver l’explication avant l’aube. Durant la nuit il s’approcha discrètement de l’arbre sous lequel l’étranger s’était installé pour dormir. Celui-ci dans un  rêve se mit à parler et raconter son méfait de la veille. Le sage s’éclipsa aussi discrètement qu’il était venu et à l’aube, au réveil du roi, s’entretint avec lui. Il lui expliqua ce qu’il avait découvert. Alors qu’une rumeur d’intense agitation parvenait du village, le roi sembla s’effondrer :
_Mais que pouvons nous faire ? Bien sur, je puis t’enquérir d’arrêter ce malfrat sur-le-champ, mais cela ne rendra pas la raison à mon royaume !
Le sage d’un regard, intima le roi de le suivre et il allèrent jusqu’à la fontaine du village, bousculés par les villageois en plein délire qui ne leur montraient aucun égard. Arrivé là  le sage saisit son bol qui ne le quittait jamais, le plongea dans l’eau pour le remplir et le tendit au roi en lui demandant de boire.
_Mais que voulez-vous faire ? Dit celui-ci. Est-ce là tout ce que vous avez trouvé ? Le regard du sage se durcit, et le roi n’en douta pas n’avait d’autre choix que de s’exécuter. Après qu’il eut trempé ses lèvres dans l’eau empoisonnée le sage s’empressa d’en faire autant, et tout rentra dans l’ordre.

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De la manipulation des esprits

   L’humain a le chic de fabriquer ses propres maux pour montrer son énergie, et au bout du compte son incapacité, à les résoudre.Il est beaucoup question dans l’actualité de la lutte contre la délinquance, et plus particulièrement  celle des jeunes, plus encore, dans les banlieues. Mais qui ose parler des causes de cette délinquance ? A force d’axer nos discours sur  la productivité, la rentabilité, le moral des ménages(c’est à dire la pro-tension à consommer plus), l’insécurité, etc., et de focaliser nos esprits sur une vision purement alimentaire de la vie, je me demande quelle place il reste à des notions telles que par exemple la créativité, le plaisir de réaliser du bel ouvrage, l’exploration de la richesse que nous offre la diversité culturelle ? Notre société consacre d’énormes moyens pour maintenir ce sinistre équilibre, conséquence de la négation des besoins les plus élémentaires de l’individu qui cherche désespérément un terrain propice à son épanouissement. Ce choix ne se justifie que pour préserver une élite qui a besoin de la soumission des peuples qu’elle asservie pour sévir, au détriment de la reconnaissance même de l’existence légitime de chacun. Sa plus grande hantise est de perdre le contrôle de l’ordre naturel des choses prit par la ruse, en semant la peur, l’ignorance, la dépendance, utilisant la manipulation, et tous les moyens lui semblant bons pour l’assise de sa suprématie.

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15 janvier 2006

L’homme qui plantait des arbres

    L’homme qui plantait des arbres

 

(extrait)

Jean GIONO

    « Je remarquai qu'en guise de bâton il emportai une tringle de fer grosse comme le pouce et longue d'environ un mètre cinquante. Je fis celui qui se promène en se reposant et je suivis une route parallèle à la sienne. La pâture de ses bêtes était un fond de combe. Il laissa le troupeau à la garde du chien et il monta vers l'endroit où je me tenais. J’eus peur qu’il vînt pour me reprocher mon indiscrétion mais pas du tout : c’était sa route et il m’invita à l’accompagner si je n’avais rien de mieux à faire. Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur.

    Arrivé à l’endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit non. Savait –il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c’était une terre communale, ou peut-être était-elle la propriété de gens qui ne s’en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi ses cent glands avec un soin extrême.

     Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d’insistance dans mes questions puisqu’il y répondit. Depuis trois ans, il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur ces cent mille, vingt mille étaient sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu’il y a d’impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n’y avait rien auparavant.

     C‘est à ce moment-là que je me souciai de l’âge de cet homme. Il avait visiblement plus de cinquante ans. Cinquante-cinq, me dit-il. Il s’appelait Elzéard Bouffier. Il avait possédé une ferme dans les plaines. Il y avait réalisé sa vie. Il avait perdu son fils unique, puis sa femme. Il s’était retiré dans la solitude où il prenait plaisir à vivre lentement, avec ses brebis et son chien. Il avait juré que ce pays mourait par manque d’arbres. Il ajouta que, n’ayant pas d’occupations très importantes, il avait résolu de remédier à cet état de chose.

    Menant moi-même à ce moment-là, malgré mon jeune âge, une vie solitaire, je savais toucher avec délicatesse aux âmes solitaires. Cependant, je commis une faute. Mon jeune âge précisément, me forçait à imaginer l’avenir en fonction de moi-même et d’une certaine recherche du bonheur. Je lui dis que dans trente ans, ces dix mille chênes seraient magnifiques. Il me répondit simplement que, si dieu lui prêtait vie, dans trente ans il en aurait planté tellement d’autres que ces dix mille seraient comme une goutte d’eau dans la mer. »

chene

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